Les mutations du marché de l’emploi peuvent-elles faire évoluer le crédit bancaire ?
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Les mutations du marché de l’emploi peuvent-elles faire évoluer le crédit bancaire ?

Face à la perspective de plus en plus probable d’une refonte profonde, voire d’un abandon pur et simple du contrat de travail à durée indéterminée (CDI), les banques françaises vont-elles devoir réviser leurs critères d’attribution de crédit ?

Les banques recherchent un profil de client qui n’existe presque plus

Jusqu’ici, en dehors des titulaires d’un emploi dans la fonction publique, les salariés détenteurs d’un contrat de travail à durée indéterminée avaient la préférence des établissements bancaires pour l’obtention de crédits.

En effet, se basant sur une conception datant des années 70 qui voulait qu’un CDI signifiait pratiquement « emploi à vie », les banquiers considèrent encore aujourd’hui que ce type de contrat de travail est celui qui présente le plus de garanties.

Or on sait maintenant que cette vision est erronée tant il est vrai que la notion de « durée indéterminée » a plutôt tendance à signifier désormais « sans aucune garantie de durée », une durée qui tend d’ailleurs à être de plus en plus brève.

Toutefois, les habitudes ont la vie dure et les banquiers ne semblent pas prêts à abandonner le CDI comme critère favorable de solvabilité.

Et c’est peut-être le monde politique qui va bientôt les y amener. Récemment, dans le cadre de la Conférence sociale qui s’est tenue ces derniers jours, le Président François Hollande a appelé prudemment les partenaires sociaux à aborder le sujet de la flexibilité du travail, et notamment d’envisager l’abandon de certaines considérations qui ne s’accordent plus avec les réalités économiques du pays. En particulier, répondant aux injonctions multiples en faveur d’un retour à la compétitivité, il est désormais question de reconsidérer la pertinence du fameux CDI à la française.

Les banques face à l’évolution prochaine du contrat de travail

Certes, il n’y a pas encore de réforme annoncée. Néanmoins, en demandant « qu’une réflexion sur le contrat de travail soit engagée » dans l’optique d’une plus grande compétitivité, le président de la République a clairement indiqué qu’il était temps de mettre à plat la question ô combien délicate du cadre contractuel de l’emploi salarié en France.

Et on pense bien évidemment tout de suite au CDI qui est montré du doigt comme une relique du passé, bien plus adapté aux Trente Glorieuses du siècle passé qu’aux premières décennies d’un XXIe siècle définitivement marqué par une crise mondiale dont on ne voit pas la fin.

Dans un tel contexte, quid des conditions d’octroi des crédits bancaires, pour lesquels les établissements prêteurs continuent à exiger des garanties qu’il est de plus en plus difficile de présenter ?

Les banques ne doivent-elles pas axer leur recherche de solvabilité (puisque c’est de cela dont il s’agit) vers d’autres critères que la durée quasi infinie du contrat de travail, sachant que c’est une situation qui n’existe tout simplement plus dans les faits ?

En attendant, de plus en plus d’emprunteurs ont compris que leur situation professionnelle ne devait plus être envisagée qu’à moyen terme, au mieux, et ils sont nombreux désormais à faire le choix de renégocier leurs différents emprunts dans le cadre d’opérations de rachat de crédits, afin notamment de mieux étaler leurs dettes et de se ménager un reste à vivre mensuel suffisant pour absorber les inévitables fluctuations de pouvoir d’achat qu’ils devront subir au gré des nombreux changements que connaîtra leur carrière.

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